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De sexe et d’eau fraiche
Entretien avec Cécile Mille
Deux films de Cécile Mille sont projetés au festival du
documentaire étudiant. L’un (Paris-Lille) traque les figures possibles de l’amour éternel, l’autre (Sexe 1) s’introduit brièvement au cœur d’une discussion de filles, où il est question des
choses du sexe plutôt que de l’amour. D’une quête à l’autre, de l’idéal du pur amour à la langue crue de la sexualité, Paris-Lille et Sexe 1 marquent les étapes d’un questionnement
autobiographique, soucieux d’éclairer de quelques témoignages singuliers, l’étonnant mouvement du désir.
Votre dernier film Sexe 1 met en scène des jeunes filles,
que l’on ne voit pas, mais que l’on entend bavarder et évoquer très crument leurs vies sexuelles respectives, comme cela doit arriver parfois dans une discussion entre des amies intimes. A
l’image, des visages d’hommes, en gros plan, se succèdent. Pourriez-vous revenir sur la genèse de ce film ?
Cécile Mille : J’ai commencé Sexe 1 à un moment où la
distinction entre la sexualité et la vie amoureuse m’intéressait beaucoup, principalement parce que cela correspondait à mes expériences du moment. J’ai donc voulu réunir trois filles qui
partageaient un même amant, dans l’espoir d’arriver à saisir ce que pourrait être le rapport charnel. Finalement la conversation a dérivé sur d’autres sujets. Ces trois jeunes femmes ont une vie
sexuelle riche, variée. On pourrait dire qu’elles ont de l’expérience et qu’elles en parlent avec facilité et plaisir. J’ai donc recentré le film autour de ce franc-parler. C’était une façon pour
moi d’enquêter sur ce que la sexualité peut apporter dans la vie et sur les formes que peut prendre une vie sexuelle libérée.
Quelle idée vous faisiez-vous de cette « vie sexuelle libérée » ?
CM : C’est arriver à avoir du plaisir dans un échange
sexuel ; enfin un plaisir qui n’est pas uniquement orgasmique mais qui permet d’être plus épanouie dans sa vie. C’est aussi lié pour moi à des façons d’en parler, d’évoquer sa sexualité
comme quelque chose d’extrêmement intime tout en se libérant d’un certain nombre de tabous, et de la crainte de les enfreindre. J’ai toujours été étonnée d’entretenir de grandes questions sur ma
sexualité, et d’avoir tant de difficultés à en parler autour de moi. J’ai eu quelques conversations sur ce sujet là, mais très rarement. A chaque fois, ces moments sont restés comme des
évènements historiques, dans lesquelles j’apprenais des choses sur mon propre corps à travers les récits des expériences des autres. Je crois que j’avais également le désir de faire un film
pédagogique sur ces questions là.
Sexe 1 ne montre jamais, à l’image, les jeunes filles que l’on entend. Tandis qu’elles se racontent, ce sont des visages d’hommes que l’on voit se succéder à
l’écran.
CM : Les portraits d’hommes se référaient au départ à
l’idée qu’il est possible d’entretenir des relations sexuelles avec des hommes différents sans en être amoureuse. Cela me permettait d’évoquer aussi la multiplicité des corps et des histoires qui
se succèdent parfois très vite. Cela me plaisait de filmer des inconnus dont je ne montrais qu’une toute petite partie, comme dans un échange intime un peu bref, dans lequel on ne voit qu’une
toute petite partie de l’autre. J’aimais bien également le fait que les filles puissent parler sans être vues, un peu par lassitude des entretiens dans lesquels on voit la personne à l’image se
livrer complètement, corps et voix, au spectateur.
On a le sentiment devant Sexe 1 de voir deux types de désir se déployer : l’un s’énonce distinctement et serait porté par les trois voix des jeunes filles que l’on entend bavarder ; on
en devine un autre, que l’on prête à la réalisatrice puisqu’elle choisit les visages des hommes, s’attarde sur leurs expressions, certains de leurs regards…
CM : Je crois qu’il y avait surtout mon désir de réunir
l’homme et la femme, d’en faire une espèce d’alliance idéale, qui se nouerait justement autour du plaisir sexuel.
Paris-Lille, votre premier film, est traversé par une question qui semble, au regard de Sexe 1, plus idéaliste : l’amour peut-il durer toute une vie ?
CM : A l’époque de Paris-Lille je me demandais si
j’arriverais à aimer toute ma vie une même personne, à être dans une histoire d’amour qui dure. J’ai cherché des réponses à ces questions, à travers les entretiens que j’ai faits avec des femmes
rencontrées pendant mon voyage, et qui n’y répondaient pas vraiment d’ailleurs. Rétrospectivement, ce film marque une étape dans ma vie, un moment d’idéalisation peut-être, autour du rêve d’un
amour qui durerait toute une vie.
Vos prochains films porteront sur la sexualité féminine ?
CM : Avant de faire Sexe 2, et peut-être Sexe 3, je vais
me reposer en faisant un film sur le travail. Ce sera une fiction documentaire, que je ferai avec une amie comédienne, et dans lequel j’interrogerai des hommes de pouvoirs en costumes, qui auront
des métiers importants, et qui parleront de leur travail. Il y sera peut-être encore question de désir, mais leur conversation sera bien moins sexy…
Propos recueillis par Nathalie Montoya
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